Nouvelle Zygo 2014 (1)

- Ça fait combien de temps que tu bosses ici ?

- Six mois, environ.

- Comment es-tu arrivé ici ?

- Comment ? comment ça ?

- Moi je suis arrivé en pleine nuit, on a tourné en avion pendant longtemps avant d’atterrir et bizarrement, on a été reçus par l’armée. J’ai posé des questions à mon chef de chantier, il m’a dit que c’était pour notre sécurité.

- Moi aussi c’est ce qu’on m’a dit. Mais où sommes-nous, en fait ?

- Nous sommes dans une grande station sous Lyon, à ce qu’on m’a dit.

- C’est bien l’info que j’ai eue aussi.

- Ce que je ne comprends pas c’est cette histoire de sécurité ; à Lyon, on serait en danger ?

- Apparemment oui, j’ai lu un truc de fourest, elle dit qu’il y a des hommes-crocodiles dans les sous-sols et qu’ils ont bouffé plusieurs mecs, du coup  ils leurs ont envoyé des litres de sarin en pleine poire, y z’ont crevés, c’est sûr, mais l’eau du coup, était contaminée. Nous, on la lave, elle redevient propre…

- Tu as vu la couleur de l’eau quand on fait les purges ?

- Oui, mais ne t’inquiètes pas, je fais partie de l’équipe du traitement, nous « lavons l’eau », elle est débarrassée de ce qui est impur. La couleur change selon qu’elle avait besoin de tel ou tel « lavage ».

- Pour combien de temps as-tu signé ?

- Deux ans.

- Ouais, moi aussi, c’est un sacré poids de laisser ma famille en haut mais bon, je gagne plein de fric viré sur mon compte, ma famille vit bien.

- Moi pareil c’est pour ma soeur autiste, ça paye son hébergement et ça couvre ses besoins.

- On est bien payé quand même ! le plus dur c’est cette impossibilité totale de communiquer avec la surface et nos proches, mais , bon, c’est que deux ans !

- J’aurais pu prendre moins, ils n’ont pas insisté, c’est moi qui ai accepté  cette offre parmi tant d’autres des deux ans avec en garantie, une protection santé supplémentaire pour toute ma famille, avec de grands spécialistes !!! Oui, je suis gagnant, même si c’est dur, deux ans.

- Tu as raison, pour moi, idem, je sais ma soeur à l’abri et pourvue des meilleurs spécialistes comme me l’a confirmé le DRH lors de la signature du contrat.

- Bon, six mois de fait ! il y a eu un gars sympa, Michel, il a craqué avant la fin de contrat, du coup, il est parti, paraît qu’ils l’ont recyclé pour vérifier la qualité de l’eau en plein air, quand il est parti, j’ai eu un doute sur mon engagement, cela faisait quatre mois que j’étais là et c’était déjà très dur de ne pas voir ma famille. Puis, je me suis dit que de toute façon, si je n’avais pas signé, ils m’auraient licencié, alors, voilà….

- Et oui, les mecs veulent pas descendre dans la salle des machines des réseaux de l’eau d’une grande ville, mégapole, etc…descendre pour deux ans minimum….C’est le contrat, alors, peu viennent  malgré les salaires élevés.

- Ok, c’est deux ans mais après c’est minimum 18 mois sans bosser !!!

- Ouais, ça, ça compte !

Cinq mois plus tard.

- Salut !

- Tiens salut, ça faisait un bout de temps !

- On ba boire un verre ?

- Ok,

Ils se dirigent vers le bar dans le quartier hébergement.

- Mademoiselle, une bière sans alcool, s’il-vous-plaît et toi, que prends-tu ?

- Un thé noir sans sucre

- Dis-moi, je trouve que tu as mauvaise mine, des problèmes ?

- Non, tout va très bien, c’est juste que ma femme et mes enfants me manquent, cela fera seulement un an que je suis là le mois prochain

- Oui, moi aussi, un an bientôt. J’avais une copine avant de partir mais pas eu le temps d’approfondir, comme qui dirait, dit-il en riant. Tu fais quoi de ton temps libre ? moi, je lis des tonnes de bouquins, j’en ai amené une pleine caisse et j’ai bien fait parce que ceux de la biblio, laisse tomber…

- Moi, je dors beaucoup mais je ne lis pas, je joue au solitaire, la plupart du temps.

- Dans ton quartier, vous ne jouez pas aux cartes ?

- Si, mais ils s’engueulent tout le temps, je préfère le calme. Écoute, je voulais te parler d’un truc, y a un mec qui m’a proposé un plan pour se tirer d’ici le we.

- Tu veux te tirer ?

- Non, mais je voudrais voir ma famille, qu’est-ce qu’un we sur 24 mois ?, je dois le voir demain, bon, c’est pas gratuit, hein, mais le mec il connaît bien notre entreprise, il sait que notre fric est viré et y sait qu’on ne peut pas y toucher ici ni faire un virement, ni rien, il propose une reconnaissance de dette, qu’est-ce que t’en penses ?

- Ben, perso, je vais pas prendre le risque de me faire licencier et j’ai pas d’intérêt à sortir, mais je te comprends pour ta femme, je dirai rien.

Si je peux aider….

- C’est pas fait de toute manière. Je suis dubitatif, tu sais comme moi que l’armée surveille tout.

- Oui, en effet.

La soirée passe et ils rejoignent chacun leur quartier pour la nuit.

Deux jours plus tard :

- Hé, salut !!! Tu viens boire un verre ?

- Ok, tu m’as l’air bien excité ?

- Ben oui, je sors le we dans 15 jours !!!

- Alors, c’était pas des bobards ?

- Non, j’ai tout, mon billet de bus, un peu de fric, je me casse vendredi dans la nuit et je reviens dimanche dans la nuit. Un mec pointera à l’entrée de mon quartier pour moi, j’suis super content à l’idée de revoir ma famille !!!

-Tu sais ce que tu risques si tu es chopé ?

- Oui, licenciement mais le plan à l’air parfait. De toute façon, je tiens plus, je dois voir ma femme, mes gosses.

- Tu me raconteras. Je peux te donner une lettre pour ma soeur ?

- Oui, bien-sûr, je te la posterai.

- Elle doit trouver bizarre de ne plus me voir, avant, j’allais la voir tous les 15 jours et je l’emmenais faire une balade..Elle me  manque mais pas au point de prendre le risque d’un licenciement. Quand je sortirai, j’aurai du fric plein les poches et je pourrai m’occuper d’elle, lui acheter tout ce qui lui manque, payer des éducateurs pour qu’elle vive à la maison. Encore un an et c’est bon. Tu me raconteras ce qu’il se passe dehors, c’est vrai que là on est coupé de tout. L’armée dit que c’est pour éviter les actes terroristes. On est au secret en quelque sorte.

 

Trois semaines plus tard

- Alors, ces trois jours avec te famille ?

- Bien, ça c’est très bien passé, en revanche, tu sais, y a pas mal de trucs qui me posent question.

J’ai croisé la famille de Michel, tu sais le type qui a été réaffecté en haut, ben, il est mort deux heures après être remonté.

Comme je passais vers l’institut où vit ta soeur, j’ai voulu lui donner moi-même ta lettre mais je n’ai pas été autorisé à la voir. Sincèrement, les gens qui m’ont reçu n’étaient pas aimables pour un sou.

Je ne veux pas t’inquiéter mais j’ai entendu des gens crier et même hurler là-bas, et ceux que j’ai croisés étaient tous en fauteuil et avaient l’air complètement shootés. C’est assez loin de l’image que tu m’avais dépeinte et je serais de toi, j’irai voir.

- Tu dois faire erreur, le DRH m’a assuré que c’était un trois étoiles pour personnes autistes…

- Tu parles d’un trois étoiles, j’ai vu de suite que tout était vieux, les murs sont moisis, ça sent l’humidité et pis, j’ai vu une femme attachée sur son lit lorsque je suis allé aux toilettes…

- Ce n’est pas possible je te dis, tiens, je vais te montrer les papiers sur l’institut et le contrat que j’ai signé avec eux.

Quelques minutes plus tard, je lui montre une belle plaquette avec un bâtiment neuf, un jardin entretenu, pas du tout ce qu’il a vu.

- Mais, ce n’est pas là que je suis allé, ce n’est pas la maison qui est à l’adresse que tu as écrite sur la lettre !

- Oui, j’en étais sûr, tu t’es trompé.

-Peut-être mais alors pourquoi ont-ils pris la lettre et m’ont dit que je n’avais pas l’autorisation de voir ta soeur ? ils avaient l’air de  très bien savoir qui est ta soeur.

Je serai de toi, j’irai voir.

 

 

 

 


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